« L’on m’a dit aussi que vous vous fardiez. Fort bien ! Dieu vous a donné un visage et vous vous en fabriquez un autre ! »
William SHAKESPEARE, Hamlet
Connaissez-vous les paroles de la chanson satirique « La servante coquette », également connue sous le titre de « L’apothicaire facétieux » (Anonyme / XVIIIe – XIXe siècle) ?
Cette chanson populaire met en scène une servante vaniteuse désireuse de rivaliser de beauté avec sa maîtresse. Pour blanchir son teint, elle demande du fard à un apothicaire. Ce dernier, moqueur, profite de sa naïveté pour lui vendre du cirage. La farce culmine lorsque la servante s’applique le produit sans se regarder dans un miroir et se ridiculise en public, le visage totalement noirci. À travers le comique de situation, cette œuvre offre une critique satirique des aspirations sociales et des artifices cosmétiques de l’époque :
La servante coquette
Dedans Paris, y’a-t-une dame,
Qui est plus belle que le jour
Mais elle a une servante,
Qu’elle aurait, qu’elle aurait, qu’elle aurait bien voulu
Etre aussi bell’ que sa maîtress’ ; Mais y en a plus !
S’en va trouver l’apothicaire :
« Monsieur, du fard, en vendez-vous ? »
« Oh ! Oui, oh ! Oui, mademoiselle,
J’en vends, j’en vends, j’en vends, j’en vends en quantité ;
Je vous en donnerai demi-onc’ pour votr’ beauté !
Quand vous aurez à vous farder,
Prenez bien gard’ de vous mirer.
Eteignez votr’ chandelle,
Balbouille-, balbouille-, balbouille-, balbouillez-vous.
Demain vous en serez plus belle que le jour. »
Le lendemain, n’a pas manqué,
De grand matin ell’ s’est levée,
Elle a pris sa collerette,
Son blanc cor-, son blanc cor-, son blanc cor-, blanc corset.
Ell’ s’en va fair’ le tour de ville sans se mirer…
Elle a pas fait cinq ou six pas,
Son cher ami ell’ rencontra :
« Où vas-tu, Fanchett’ coquette,
Tout’ balbou-, tout’ balbou-, tout’ balbou-, balbouillée ?
On dirait qu’ t’as fait ta toilette à la ch’minée ! »
Ell’ s’en court chez l’apothicaire :
« Monsieur, que m’avez-vous donné ?…»
« Je vous ai donné du cirage
Pour mettr’ su, pour mettr’ su, pour mettr’ su vos souliers,
Car ce n’est pas d’une servant’ de se farder ! »