VITRINE 3

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Siècle des lumières

- Boîte en écorce de bergamote

Si à Nancy nous sommes familiers des boîtes « de » bergamotes, nous le sommes un peu moins des boîtes « en » bergamote… La bergamote, ce fruit dont on utilise fréquemment l’essence en parfumerie (provenant du zest de son écorce), a fait la fortune des artisans grassois depuis le XVIIIe jusqu’à la moitié du XIXe siècle. 

Les marchands parfumeurs diversifiaient à cette époque leurs activités et faisaient sécher l’écorce épaisse du fruit à partir de laquelle ils fabriquaient toutes sortes de petites boîtes pouvant contenir les objets « secrets » de leur clientèle aisée. 

Ces boîtes s’offraient et pouvaient même, par leur petite taille, être dissimulées et conservées sur soi en toute discrétion. Que contenaient-elles réellement de si mystérieux ? 

Des objets variés : petits flacons de parfum, tabac à priser, pastilles, poudre, bijoux, rubans, messages galants, reliques, écorces de fruits confits, carminatifs pour aider à la digestion… Peintes et décorées à la main, de formes diverses (sphérique, plate, ovale, rectangulaire, forme de cœur, de navette…), ces créations étaient la résultante d’un travail conséquent jalonné de plusieurs longues étapes de fabrication. 

Il fallait tout d’abord récupérer l’écorce à séparer du fruit, puis en travailler l’aspect, la sécher sur une forme, la consolider avec un léger cartonnage et utiliser un mélange à base de colle pour en enduire la surface ; puis la boîte était délicatement poncée et décorée de motifs peints à la main, qui, après séchage complet, devaient être solidifiés et protégés par l’application d’un verni teinté. 

Au fil des années, ce verni donnait une coloration dorée aux boîtes. Paysages, scènes galantes, instruments de musique, amours et personnages divers, animaux, sujets religieux, portraits royaux : les ornements des boîtes en bergamote (également appelées « Bonbonnières » ou « Orangettes ») sont variés et toujours réalisés avec grande finesse, dans le style romantique de l’époque. 

L’ère de la parfumerie industrielle (1850) a eu raison de la production de ces jolies boîtes devenues rares, dont certaines étaient ornées de citations, maximes et messages personnalisés : « Je brûle d’amour », « Je vous l’offre », « L’amour nous couronne », « Notre union a des charmes », « l’amour peut tout », « Nourrissez vos enfants, ils seront beaux »… 

Elles ont été vendues chez les marchands parfumeurs, les apothicaires, les pharmaciens, les droguistes et à la célèbre « Foire de Beaucaire » connue également sous le nom de « Foire de la Madeleine ». Cette foire, fondée en 1217 par Raymond VI de Toulouse, fera de la ville de Beaucaire la « Capitale française des marchandises ». Placée au débouché du Rhône, Beaucaire attirait les marchands de tout l’Orient, mais aussi les Grecs, les Italiens de Venise et Gênes, les Espagnols, les Portugais, les Anglais, les Allemands et les marchands de la France entière. 

A la fin du XVIIIe siècle, sa foire, qui durait une douzaine de jours au mois de juillet, accueillait 100 000 vendeurs et jusqu’à 120 000 acheteurs. On imagine donc aisément comment les « Bergamotes » qui y ont été présentées et vendues ont pu contribuer à la renommée de la ville de Grasse et de sa région dans toute l’Europe…

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